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Les femmes dans l'histoire

Rosa Parks : un symbole choisi

Montgomery, Alabama. 1955

            Avant l’arrestation de Rosa Parks, qui refusa de céder son siège pour un passager blanc, en décembre de cette année, nous savons que 4 femmes noires ont aussi été arrêtés pour les mêmes raisons la même année. Ces 4 femmes, sans Rosa Parks, sont les plaignantes du procès qui fut éventuellement entendue par la Cour suprême des Etats-Unis dont la décision de justice est connue sous le nom de Browder v. Gayle. La Cour suprême des États-Unis rendue le 17 décembre 1956 la décision justice qui déclara que la ségrégation dans les bus était inconstitutionnelle et ordonna à l’état de l’Alabama et à la ville de Montgomery de mettre fin à la déségrégation dans les bus, mettant fin ainsi au boycott des bus de Montgomery qui avait durer un an.

            Les plaignantes, qui n’ont pas été retenues dans les pages d’histoire autant que Rosa Parks, sont Claudette Colvin, Aurelia Browder, Susie McDonald et Mary Louise Smith. Claudette Colvin était une jeune fille de 15 le 2 mars 1955 lorsque qu’elle resta assise sur son siège alors que le conducteur de bus lui demandait de se déplacer vers le fond du bus pour laisser de la place à un passager blanc. Claudette Colvin fut emmenée par la force hors du bus pendant qu’elle criait que ses droits constitutionnels étaient bafoués. Un mois plus tard, le 19 avril 1955, Aurelia Browder, une mère et active (emploi ?), impliquée dans le mouvement des droits civiques depuis les années 1940, fut aussi arrêtée pour s’être assise dans la section des passagers blancs. Le 21 octobre 1955, les deux dernières femmes furent arrêtés dans des bus séparés. Susie McDonald, une veuve de 70 ans, et Mary Louise Smith, une jeune fille de 18 ans, refusèrent d’obtempérer à la demande des conducteurs de bus de céder leurs sièges aux passagers blancs qui entrèrent dans le bus après elles.  

            L’arrestation de Rosa Parks provoqua le boycott des bus de Montgomery et attira l’attention aux 4 coins des États-Unis, et plus tard, du monde. Cependant, c’est l’action en justice de Claudette Colvin, Aurelia Browder, Susie McDonald et Mary Louise Smith qui mit fin aux lois ségrégationnistes mises en place dans les bus, déclarées inconstitutionnelles par la Cour suprême des États-Unis, une avancée conséquente pour le mouvement des droits civiques.

            Dans nos mémoires de cette avancée historiques, l’exemple de désobéissance civile de Rosa Parks est celui qui a été retenu et transmis aux générations futures. Son histoire a été écrite dans les livres, elle est souvent listée dans la liste des personnages féminins historiques les plus importants, elle a été honoré et distingué par de nombreux prix, son nom a été donné à des rues, des statues à son effigie ont été érigées.

            En s’attardant sur cette période, il est clair que Rosa Parks fut choisie pour devenir le visage du boycott des bus de Montgomery et pour inspirer les militants à travers les États-Unis. Les quatre autres femmes arrêtées pour les mêmes raisons que Rosa Parks lors de la même année n’ont pas reçu autant d’intérêt à l’époque, mais aussi depuis. Leurs histoires ont été éclipsées et leurs noms inscrits en bas de page de celle de Rosa Parks.

            Il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer pourquoi la commémoration de cet acte de résistance dans les bus ségrégés s’est fait ainsi, et pourquoi l’histoire de Rosa Parks domina celles des autres femmes.

Dans un premier temps, il faut savoir que Rosa Parks était directement impliquée dans une organisation des droits civiques, le NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) en tant que secrétaire. Le NAACP organisait plusieurs actions, telles que des manifestations ou des boycotts, depuis déjà plusieurs décennies. Le militantisme de Rosa Parks, mais aussi son statut de femme quinquagénaire, travailleuse et mariée, sans enfants à sa charge, fit d’elle une figure parfaite pour un mouvement qui avait besoin d’un modèle à suivre.

            Ainsi, quand Rosa Parks fut arrêtée, les meneurs du mouvement des droits civiques de la ville de Montgomery saisirent rapidement l’opportunité et organisèrent en quelques jours ce qui deviendra le boycott des bus de Montgomery, utilisant alors Rosa Parks comme l’exemple à suivre. Rosa Parks était elle aussi prête à assumer ce rôle.

            Avant elle, les arrestations de Claudette Colvin, Aurelia Browder, Susie McDonald et Mary Louise Smith n’eurent pas le même écho puisqu’elles ne furent pas considéré comme être les personnes adaptées pour devenir symbole de résistance, et modèle à suivre. L’arrestation de Mary Louise Smith était connue uniquement de sa famille qui ne voulait pas attirer l’attention sur eux et Susie McDonald était une femme âgée.

            Le cas de Claudette Colvin a récemment été plus analysé pour comprendre pourquoi elle n’est pas devenue la figure de résistance pour contester la ségrégation dans les bus. En effet, Claudette Colvin fut la première femme noire arrêtée en 1955 à Montgomery pour s’être opposé à la demande du conducteur du bus qui lui demandait de céder son siège à un passager blanc. Claudette Colvin était une militante dans le Conseil de jeunesse de la NAACP. Ainsi, elle était connue des membres de l’association, et par conséquent de Rosa Parks. Lorsque l’arrestation de Claudette Colvin, au début de l’année 1955, fut connue des meneurs du mouvement civique de la ville, une démonstration était initialement prévue pour contester son arrestation et faire de Claudette Colvin, un symbole de résistance. Néanmoins, cette idée fut finalement écartée et l’arrestation de Claudette Colvin fut mise de côté dans les mémoires des protestations constant la ségrégation dans les bus à Montgomery dans les années 1950.

Récemment, plus de discussions ont émergés à propos de Claudette Colvin et son histoire, avec des questions se demandant pourquoi elle fut exclue des mémoires. Des réponses suggèrent que son âge fut un premier facteur justificatif. En effet, elle était une jeune fille de 15 ans et il est possible que les meneurs du mouvement aient eu peur qu’elle manque de maturité pour assumer le rôle de modèle du mouvement de résistance. Une autre réponse suggère que les meneurs du mouvement ont rapidement eu écho du fait qu’elle était tombée enceinte, ce qui les inquiéta, craignant qu’un mouvement créé autour d’elle et de son arrestation soit terni par une grossesse controversée d’une adolescente.

L’acte de résistance, et de courage, de Claudette Colvin ne fut pas saluée pendant de nombreuses années, démontrant ainsi comment les organisateurs du boycott des bus de Montgomery et les meneurs du mouvement civique de la ville ont pris soin à choisir le visage de la résistance, préférant attendre l’arrestation d’une personne dont l’image pouvait être utilisée sans crainte. Ce choix implique aussi que l’histoire de Rosa Parks est restée dans nos mémoires, pendant que celles de Claudette Colvin et des autres plaidantes dans le procès Browder v. Gayle ont été oubliées.

Ces dernières années, leurs histoires sont peu à peu sorties de l’ombre, notamment grâce à l’intervention de leurs familles. Ces dernières souhaiteraient que leurs actions saluées et leurs histoires commémorés comme c’est le cas pour Rosa Parks. Bien entendu, l’ambition n’est pas d’invisibiliser le courage de Rosa Parks mais leurs familles, et autres militants, souhaiteraient que les noms de Claudette Colvin Aurelia Browder, Susie McDonald et Mary Louise Smith ne restent pas en bas de page de l’histoire. La déségrégation des bus dans l’Etat d’Alabama a été possible grâce à leurs actes de résistance, et leur action collective en justice.

En 2019, à Montgomery, une statue de Rosa Parks a été inaugurée. A côté de la statue, 4 plaques de granite ont également été rendus publique. Les noms de Claudette Colvin Aurelia Browder, Susie McDonald et Mary Louise Smith reposent sur ces plaques, mettant ainsi en lumière leurs histoires et la nécessité de les honorer, ainsi que le devoir de les conserver dans les mémoires de Montgomery.

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